Interviews d'auteurs

Le club les a interrogés… pour vous !

Laissez-vous guider chaque mois

Chacun dans son style, ces auteurs nous donnent à lire des histoires universelles. Pour Fred Vargas, le polar a une fonction cathartique : il purge les passions, et dénoue les nœuds... Marie de Palet est ancrée en Lozère, comme ses personnages, elle fait revivre le monde paysan d’antan, au cœur des familles. Si Ingrid Astier a choisi le roman noir, c’est pour mieux s’approcher des êtres... elle voit l’écrivain comme un bâtisseur de mondes, dans lesquels les lecteurs viennent s’évader.

_Gérard MORDILLAT_

Comment qualifieriez-vous La Tour abolie ? Une fable ? Une prophétie ? Un reportage ? Un roman réaliste ?

Sans hésitation, La Tour abolie est un roman réaliste ! Et je suis un écrivain réaliste au sens défini par Jules Renard : « Un écrivain réaliste est un écrivain que la réalité dérange. » Alors oui, la réalité – c'est-à-dire la situation sociale, économique et politique aujourd'hui en France – me dérange. Partant de là, il ne s'agit pour moi ni de prophétiser quoi que ce soit ni de rapporter je ne sais quel cliché mais de dire haut et fort le réel, ce qui ne va pas. De l'écrire.

Il y a des images très fortes dans votre livre. De quelle image êtes-vous parti pour raconter cette tour aux trente-huit étages et sept sous-sols ?

Pour moi, l'image initiale, c'est la toile de Peter Breughel l'Ancien « La grande tour de Babel » qui est à Vienne et dont j'ai vu aussi une version plus petite à Rotterdam, comme un rappel… Donc, je suis parti de l'idée de décrire le monde dans un seul lieu, du plus bas au plus haut. De le peupler étage par étage et d'y faire vivre la multiplication des hommes et des langues. Dès lors, le livre développe plusieurs niveaux de langage selon que les personnages appartiennent aux sous-sols ou aux sommets et met en œuvre plusieurs formes littéraires (récit, journal, articles de journaux, notes de service, tracts, poésie, slam etc.). Ces langages s'opposent entre eux, se heurtent comme des silex, cohabitent ou s'ignorent et leur fracas cimentent le récit. C'est Babel jusqu'à l'effondrement du monde dans lequel nous sommes, sa destruction. Ici, il est question de la destruction des corps par...

_Alice Zeniter_

Pour votre cinquième roman, vous avez choisi de parler de l'Algérie et d'une famille de harkis sur trois générations. En quoi était-ce une nécessité aujourd'hui ?

L'Histoire, ou plus précisément de nombreux historiens travaillent sur la période de la colonisation et de la guerre d'indépendance algérienne. Les rayons des librairies consacrés à cette période sont bien fournis. Pourtant, il subsiste une impression que de trop nombreuses choses ne sont pas dites. Je ne crois pas que les travaux des historiens soient à remettre en cause : je crois qu'il manque une parole intime, personnelle, avec ses insuffisances et ses erreurs, avec ses regrets. C'est la parole de ceux qui ont perdu et qui se sont tus, qui ont choisi par honte de ne rien dire ou qui ont été contraints de se taire car l'Histoire s'écrit toujours du point de vue des vainqueurs. Alors que la fiction, elle, est libre de parler depuis le minuscule et le déchu, depuis le bancal, le violent, le reprochable. Je crois, oui, qu'il était nécessaire que la fiction entre dans la danse et qu'elle permette de traverser la vie d'une famille et plusieurs décennies de relations franco-algériennes sans avoir à expliquer ni à juger, en donnant simplement à sentir, en proposant au lecteur d'accompagner une trajectoire...

_Chantal Thomas_

Ce livre venu de la mémoire, venu de l'eau, vous le cherchiez depuis longtemps ou il vous a cueillie par surprise ?

Ce qui m'a surprise, bouleversée, c'est la soudaine et tardive conscience que ma mère, qui était une femme nullement intéressée par l'éducation, la transmission, toutes ces valeurs liées à la continuité, m'avait en réalité communiqué l'essentiel : un goût de la liberté. Un goût qu'elle avait trouvé à satisfaire par son amour de la natation, de la nature, de la vie hors de chez elle. Elle était vraiment l'antithèse de la femme au foyer. Donc, non, je n'avais jamais songé à écrire un livre centré sur le personnage de ma mère, un livre qui est à la fois un portrait d'elle en nageuse et d'une façon, indirecte, sans pathos, un livre de deuil. En revanche ce qui me vient de mon enfance au bord de l'eau, de la mer et du sable, ne me quitte jamais. C'est une disposition intérieure, une envie de soleil et de jouer, qui m'est consubstantiel et qui m'a inspiré aussi bien les nouvelles de La vie réelle des petites filles, que L'île flottante, ou Cafés de la mémoire, dont Souvenirs de la marée basse est la continuité....

_Françoise Bourdin_

Un homme surgit de la nuit du passé et réclame comme son dû sa femme qui l'a quitté et s'est remariée.Les premières pages du Choix des autres ressemblent à un début de suspense...

Je souhaitais que le lecteur, dès le début du livre, soit happé par l'histoire et éprouve une sensation d'angoisse diffuse. Il y a la neige, l'isolement du chalet, et cet ex-mari qui réapparait soudain, prêt à tout bouleverser. J'aime bien mettre un pointe de suspense dans mes romans, évoquer la peur que chacun d'entre nous peut ressentir dans certaines circonstances.
Vous ne vous écartez pas des « petites choses de la vie quotidienne » et vous ne tombez jamais dans le cliché. Comment travaillez-vous votre style ? Ma façon d'écrire est en partie instinctive et en partie le fruit de l'expérience. Utiliser des clichés émousse l'intérêt et nuit à la qualité d'un texte. En revanche, je sais qu'à travers des détails authentiques, on peut facilement s'identifier. Je pense qu'il faut toujours rester vraisemblable, proche de la réalité, et raconter une histoire comme si elle était réellement arrivée. Pour le style, j'essaie d'être efficace afin de ne pas alourdir le récit, et je m'attache à utiliser les mots justes...

_Claudie GALLAY_

C'est quoi pour vous, Claudie Gallay, la « beauté des jours » ?
Des petites choses simples, presque banales : le premier café du matin pris dans la cour, mon chat étendu au soleil, une salade en terrasse dans une rue animée de Paris, le texto d'une amie qui prend des nouvelles, revenir à la maison après des jours d'absence, retrouver ceux que j'aime, lire, sauver un escargot sur la route, donner de l'eau fraîche à mon cheval et le regarder boire… Tout cela enchante mon quotidien. C'est une fantaisie facile et émerveillante que je trouve quand je lâche prise, que j'observe autour de moi... Parlez-nous de votre héroïne Jeanne. Quels sont les premiers mots qui vous viennent à l'esprit quand vous pensez à elle ?
Une femme. Une mère. Lumineuse, fantaisiste, joyeuse, sensible, libre, empêchée. Il y a ce que l'on montre, et ce que l'on ne montre pas. Jeanne est une nature heureuse, mais elle manque de confiance en elle...

_Harlan COBEN_

Succès en série pour Harlan Coben, le « boss » du thriller !

Harlan Coben surfe sur le succès d’Une chance de trop. À juste titre. Avec ce nouvel opus adapté de son livre éponyme, Juste un regard, le maître du polar renouvelle sa confiance à TF1 et renoue avec le plaisir de concocter des intrigues palpitantes et de jouer avec les nerfs des téléspectateurs. Rencontre avec celui que tout le monde surnomme « le boss ».
Vous avez l'air confiant sur l'effet que la série va produire !
Ah oui, vraiment. Je pense que nous avons une intrigue très dense qui distille une vraie angoisse : une femme, qui a tout pour être heureuse, tombe par hasard sur une photo prise il y a vingt ans et voit sa vie et toutes ses certitudes basculer...

_Laetitia Colombani_

Vous avez été scénariste, cinéaste. Vous voilà devenue romancière à succès. Comment vivez-vous cette métamorphose ?

C’est un sentiment très agréable ! Tout est nouveau. Mon entrée dans le monde de la littérature s’est fait endouceur, avec la rencontre de mon éditrice chez Grasset, Juliette Joste, qui a très tôt cru dans ce roman, et m’a accompagnée. Je pense que des bonnes fées, dont elle fait partie, se sont penchées sur le berceau de ce livre ! Et puis j’ai découvert une nouvelle forme d’écriture, un nouveau mode d’expression assorti d’une grande liberté, cela m’a enthousiasmée...

_Fred vargas_

De nombreux animaux sont évoqués dans cette nouvelle enquête du commissaire Adamsberg : les brebisd'Islande, le chat de la brigade, un couple de merles et ses oisillons, la murène, évidemment pas mal d'araignées, des blaps, etc. Y a-t-il un animal en particulier sans lequel vous ne pourriez pas vivre ?

Je constate en effet que des tas d'animaux traversent mes livres sans que j'aie prévu de les convoquer : ils font à leur guise ! Il est certain que ma formation en zoologie (puisque je fus archéozoologue) y est pour beaucoup. L'empathie aussi. Non, je n'ai pas d'animal particulier sans lequel je ne pourrais vivre. Au contraire. J'ai eu trois chats, et leur décès m'a affectée bien plus que je ne l'aurais imaginé. Reprendre un chat ? Puis assister de nouveau à son agonie et sa mort ? Non, je ne souhaite pas renouveler l'expérience. Si un couple d'oiseaux s'installe dans mon micro-jardin, je les observe, les nourris, leur donne à boire, surveille les naissances, donne un coup de main aux oisillons en difficulté. Si, à la campagne, un jeune hérisson s'est dérouté, je le rapporte à son logement. Là aussi, une écuelle d'eau s'il fait trop sec...

_Marie de Palet_

L'histoire de votre « Valet de pique » repose sur un secret de famille qui a empoisonné toute la vie d'un homme. Est-ce que l'on assiste encore aujourd'hui à ce genre de chose ?

Une famille pouvait rester soudée par un même secret très longtemps, parfois au-delà des générations et alors que les descendants n'en connaissaient même plus la raison ! L'influence des parents était primordiale, et leur avis comptait beaucoup, ce qui est sans doute encore souvent le cas. Chacun était au service de la communauté familiale, surtout dans les campagnes, et ce sont probablement les intérêts communs qui contribuaient à préserver le fameux secret. Cela pouvait aller jusqu'à interdire ou défaire certains mariages...

_Ingrid ASTIER_

Bonjour Ingrid Astier. Vous avez publié trois chefs-d'œuvre (dont le dernier, Haute Voltige) qui apportent un sang nouveau au polar. Comment procédez-vous pour aboutir à une écriture à la fois tendue, poétique, charnelle et sexy ?

Je vous remercie. Écrire un nouveau roman, c'est choisir un monde comme une famille. Je le prépare telle une longue course maritime. Pour supporter l'effort durant trois années, seul compte mon désir de rejoindre l'intensité. À quoi ressemblent-elles ? À un cocktail entre armée et couvent ! À chaque fois, je disparais du monde. Pour ne vivre que dans l'atmosphère du roman — pour Haute Voltige, l'art, l'amour, la boxe, les échecs, la guerre. Un monte-en-l'air hors pair… Et Paris depuis les toits. L'amour à flanc d'abîme, aussi, pour rêver la capitale à la verticale. Haute Voltige est un roman d'aventures, un vrai, pour défier Paris et conquérir chacun de ses sommets. La coupole de l'Institut de France, les toits du Musée Rodin...

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