Quand sort la recluse

Fred VARGAS

L'heure de la vengeance arachneenne a sonne

Le commissaire Jean-Baptiste Adamsberg souleve la desapprobation d'une partie de la Brigade criminelle, dont celle du fameux commandant Danglard, en se focalisant, en pleine enquete, sur la Loxosceles rufescens ou recluse d'Europe, ou encore araignee violoniste. Adamsberg a pourtant ses raisons : trois octogenaires nimois sont decedes, en quelques jours, de ses morsures. Aide par une vieille excentrique, Irene Royer-Ramier, Adamsberg se lance, avec quatre fideles de son equipe, sur la piste de l'arachnide tueur. Deux des victimes, Barral et Claveyrolle, amis d'adolescence, ont passe celle-ci a l'orphelinat La Misericorde, a Nimes. Ces mauvais sujets etaient a la tete d'une bande de neuf garcons qui ont exerce methodiquement leur cruaute sur onze autres pensionnaires. Si l'on estime que le venin de deux cents recluses serait necessaire pour tuer trois hommes, peut-on serieusement envisager la vengeance, soixante-dix ans plus tard, d'un des garcons mordus ? Adamsberg hesite, tatonne, quand un quatrieme membre de la Bande des recluses decede d'un loxoscelisme foudroyant...Disponible a partir du 10 mai 2017. Lire la suite

496 pages | Couverture brochee en couleurs | Format: 13 x 20 cm

Chapeau

La reine du polar francais ne decoit jamais. Mais elle peut surprendre. Et sacrement ! Plongez au coeur du plus noir des Vargas.

Extrait

- Le fils de l'ancien directeur de l'orphelinat a conserve les archives de son pere. Et un dossier complet sur la < mauvaise graine >. Des sales coups, ca oui, ils en ont fait. Vous ne vous etes pas trompee. Claveyrolle etait le chef de bande, et Albert Barral, son suiveur. Une bande de blaps.
- Blaps ?
- De petits salauds. Vous n'etes pas trop sensible ?
- Ah si, je suis tres sensible.
- Eh bien avalez une gorgee de chocolat et prenez sur vous.
Adamsberg posa sur la table, l'une apres l'autre, les photos des victimes de la recluse, en commencant par ceux qui avaient developpe des lesions necrosees. Irene grimaca.
- Vous savez ce que c'est, Irene ? Vous reconnaissez ?
- Oui, dit-elle a voix assez basse. C'est la necrose de la recluse. Mon Dieu, celui-ci a une plaie terrible.
- Et celui-ci, dit Adamsberg, a eu le tiers du visage mutile. Onze ans.
- Mon Dieu.
Puis Adamsberg placa avec douceur devant elle les photos des deux enfants amputes. Irene poussa un petit cri.

1er chapitre de Quand sort la recluse

interview de Fred VARGAS pour la sortie de son livre Quand sort la recluseInterview de Fred VARGAS

De nombreux animaux sont évoqués dans cette nouvelle enquête du commissaire Adamsberg : les brebis
d'Islande, le chat de la brigade, un couple de merles et ses oisillons, la murène, évidemment pas mal
d'araignées, des blaps, etc. Y a-t-il un animal en particulier sans lequel vous ne pourriez pas vivre ?

Je constate en effet que des tas d'animaux traversent mes livres sans que j'aie prévu de les convoquer : ils font
à leur guise ! Il est certain que ma formation en zoologie (puisque je fus archéozoologue) y est pour beaucoup.
L'empathie aussi. Non, je n'ai pas d'animal particulier sans lequel je ne pourrais vivre. Au contraire.
J'ai eu trois chats, et leur décès m'a affectée bien plus que je ne l'aurais imaginé. Reprendre un chat ?
Puis assister de nouveau à son agonie et sa mort ? Non, je ne souhaite pas renouveler l'expérience.
Si un couple d'oiseaux s'installe dans mon micro-jardin, je les observe, les nourris, leur donne à boire,
surveille les naissances, donne un coup de main aux oisillons en difficulté. Si, à la campagne, un jeune hérisson
s'est dérouté, je le rapporte à son logement. Là aussi, une écuelle d'eau s'il fait trop sec.
Empathie donc. Trop grande sans doute !

Comment avez-vous rencontré la recluse ?
C'est elle qui s'est imposée. J'ai lutté longuement pour la chasser mais rien à faire, l'idée s'accrochait, et
j'ai dû céder. Il a donc fallu, ensuite, que j'imagine des meurtres autour d'elle, ce qui ne fut pas simple !
Je ne connais pas spécialement cette araignée, donc oui, j'ai dû enquêter sur son monde.

Cette enquête parle de cruauté envers le corps féminin et de traumatisme profond.
Est-ce difficile d'écrire une fiction sur des actes aussi révoltants, que des millénaires de civilisation n'ont
pas fait disparaître ?

Très difficile, j'avoue. On ne peut avancer sur cette voie qu'avec délicatesse et prudence, en choisissant donc
minutieusement chaque mot. En ces terres, une seule et même minime « impudeur » qui échapperait à l'auteur est
proscrite.

Ecrire est une activité solitaire ; où vous « cachez-vous » quand vous écrivez ? Accepteriez-vous de nous
décrire ce lieu privilégié ?

Je ne me cache pas ! Et je n'ai pas de lieu fétiche privilégié ! Ni de « manies d'auteur ». Donnez-moi,
en quelque lieu que ce soit, une prise électrique, un siège et un clavier, et cela suffit. Une table n'est
pas obligatoire, j'écris très souvent sur mes genoux. Pendant dix-huit ans, jusqu'en 2004, je travaillais en
recherche archéozoologique, et je n'écrivais donc que pendant les vacances.
Il y avait du monde, il y avait quantité d'enfants courant, grimpant sur moi, me demandant un dessin, un jeu.
Je faisais. Puis reprenais le fil du texte. J'écrivais beaucoup la nuit, quand tous étaient endormis.
J'ai écrit à Paris, dans une ferme normande, dans une maison au bord de la mer bretonne, peu m'importe.

Fred Vargas, après l'écriture de ce roman, diriez-vous que vous êtes devenue arachnophile ou arachnophobe ?
Ni l'un ni l'autre ! Ecrire sur la recluse n'a pas modifié mon rapport aux araignées.
Comme tout un chacun, je ne suis pas portée sur ces bestioles. Les faucheux m'indiffèrent, le corps gras des
grandes tégénaires me déplaît. Nul –sauf les spécialistes- n'aime à en découvrir une dans son lit
–circonstance très rare d'ailleurs. Mais les séjours à la campagne depuis l'enfance m'ont tant familiarisée
avec elles que je ne suis pas phobique. Ni attirée.

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