Crénom, Baudelaire !

Jean Teulé

Les vers de Charles Baudelaire sont fougueux et consolants, d'une infinie tristesse, d'une éblouissante beauté. Et qu'en est-il de l'homme ? Irrespectueux, insupportable, odieux, insultant. Rien de moins ! Et pourtant, c'est bien de ce cerveau torturé que sont sortis les plus beaux vers de la poésie française. Jean Teulé dresse le portrait de cet insolent dandy et plonge dans les mystères de sa création....

432 pages | Couverture brochée en couleurs | Format: 130x205

Extrait

Sous la lumière opaline des suspensions d'une classe de terminale, un élève à la juvénile barbe courte et floconneuse, petite moustache, regard noir et perforant, s'ennuie. Dans un bâillement il avalerait le monde. Parmi de dociles condisciples corvéables, faits selon lui pour l'écurie c'est-à-dire exercer des professions, il préfère se mettre à explorer son propre laboratoire mental. Des phrases lui sortent de l'imagination par fusées. Pouce et index d'une main pressant ses paupières closes, en lui un vertige apparaît. Il pêche des étoiles qu'il griffonne sur un bout de papier pendant que le prof, de dos, passe dans l'allée centrale mais il se retourne brusquement :
— Faites-moi voir ce que vous avez écrit, Charles Baudelaire !
— Non. On ne me lira que quand ça me prendra.
L'insolent, aux lèvres étirées et serrées sous des narines toujours prêtes à se gonfler, a répondu cela d'une voix métallique et coupante. On pourrait croire que son professeur, aux rouflaquettes le long des tempes, va en tomber d'apoplexie :
— Comment ? A dix-huit ans, on ne s'adresse pas ainsi à un enseignant ! Je vous somme de me remettre ce billet !
— Jamais.
— J'exige une dernière fois que...
Charles chiffonne son poème, en fait une boulette qu'il avale.
— Baudelaire, levez-vous et quittez la classe. Vous êtes définitivement exclu de Louis-le-Grand !

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