Le Maître

Patrick Rambaud

Le sourire de Tchouang

Il y a vingt-cinq siècles, la Chine était un kaléidoscope de royaumes féodaux livrés à tous les vents mauvais de l'ambition, de la corruption et de la guerre. Les peuples y étaient misérables et les puissants d'une inimaginable cruauté. Au pays de Song, traversé par le Fleuve Jaune et la rivière Houaï, naître sans un cri est un signe néfaste. La mère du petit Tchouang Tcheou, tombé sur notre terre en arborant un sourire réjoui, en meurt. Son père étant Surintendant des Présents et Cadeaux, Tchouang grandit au palais du duc Wu, où il ânonne les versets de Confucius qui invitent à une morale contraignante. Mais Tchouang, aussi jeune qu'il soit, est un esprit éveillé et libre : il ne tarde pas à comprendre que Confucius a été trahi par ses adeptes... Mûri par son long exil en Ts'i à la suite d'une révolution de palais, Tchouang, revenu en Song, élevé à de grandes dignités, refuse rites et servitudes et se retire dans une chaumière. Il abomine les machines qui asservissent l'homme plutôt que de le servir, affirme que « rien n'est vrai et que rien n'est faux », combat l'enfer des croyances, vante les qualités des animaux et se méfie des cinq sens... Bientôt, notre anti-héros, retiré sur la montagne, remplit en cachette de ses disciples des fiches en bambou qui deviendront Le Tchouang-tseu, grand livre de la sagesse universelle. Lire la suite

240 pages | Reliure souple illustrée | Format: 140x205

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Chapeau

Quelle plus belle introduction à l'histoire de l'empire du Milieu que le portrait de l'une de ses plus illustres figures ? Avec autant d'érudition que de passion, Patrick Rambaud nous entraîne dans une Chine envoûtante.

Citation presse

Extrait

Tchouang refusait toute autorité, mais chacun, connaissant sa valeur, se maintenait à l'écart de son antre et de ses chemins de promenade pour ne pas le gêner. A peine des pleurs de marmots venaient-ils troubler un silence de rigueur. Ils vivaient en autarcie et n'apercevaient que par accident les armées qui manoeuvraient dans la vallée. L'odeur fade des morts en putréfaction ne montait pas jusqu'à leurs nez.
Tchouang bavardait parfois avec quelques-uns de ces lettrés et décelait même chez eux une once de sagesse dans le fatras de leurs théories. Souvent, il les désorientait par ses formules. A celui qui prétendait étudier les textes anciens qu'il avait sauvés de la destruction en les chargeant dans sa besace, il disait :
- Ce que l'homme ignore excède ce qu'il connaît. Pourquoi t'embarrasser de cette fausse science ?
A cet autre qui espérait se fortifier le corps en barbotant dans l'eau glacée de la source, il disait :
- La durée de nos existences n'est rien comparée au temps où nous n'existons pas.
Avec celui-là qui proposait de mettre mieux en évidence, pour les exploiter, les ressources de la forêt, il prenait un ton plus sévère :
- Laisse l'or dans les montagnes et les perles dans les eaux !

1er chapitre de Le Maître

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