Nous, Louis, roi

Eve de Castro

Le Roi-Soleil se meurt

En août 1715, Louis XIV le Grand est dans la soixante-douzième année de son règne. Malgré son grand âge, il incarne encore à la perfection, dans son palais de Versailles et jusque dans les rituels les plus immuables ou les plus triviaux, la puissance inébranlable de l'Etat. La mort lui a pris tous ses enfants et petits-enfants mâles et héritiers. Ne lui restent qu'un arrière-petit-fils de cinq ans, le dauphin Louis, et un neveu honni, le dissipé Philippe d'Orléans. Les belles favorites, qui ont orné les débuts sensuels et batailleurs du règne, ne sont plus que fantômes désincarnés qui rôdent parfois dans la mémoire du vieux roi. Françoise d'Aubigné, marquise de Maintenon, épousée secrètement, a introduit la tyrannie de la piété sous les plafonds peints par Le Brun... Le 15 août, Louis ressent une douleur soudaine et aiguë au bas de la jambe droite mais il fait fi de cette « murène » acharnée à le mordre. Pourtant, les jours suivants, la « murène » ne desserre pas l'étau de ses crocs. Le souverain l'ignore encore mais la gangrène s'est installée, monte lentement le long de sa jambe, bien décidée à le vaincre malgré la vigilance du chirurgien Mareschal... Au coeur de ces pages, que le talent d'Eve de Castro fait scintiller, Louis XIV, roi mais aussi homme, raconte son ultime combat, sa terreur et aussi son acceptation de la mort. Lire la suite

120 pages | Couverture brochée en couleurs | Format: 130x185

Chapeau

Citation presse

Extrait

Lundi 26 août. Jour. Vers dix heures ce matin la Faculté a pratiqué sur ma jambe les scarifications décidées hier. La gangrène rend insensibles les parties qu'elle infecte, le moyen de suivre sa progression est d'inciser les chairs mortifiées jusqu'à toucher le vif. Les quatre chirurgiens venus de Paris assistaient Mareschal. Les incisions au bas de la jambe ne m'ont causé aucune douleur, Mareschal a raclé l'os sans que je le sente. Mais quand il a poussé plus haut sa lancette, je lui ai crié d'arrêter. Il m'a pansé aves ses corrosifs ordinaires et enveloppé de linges trempés dans de l'eau-de-vie camphrée. Fagon n'exclut pas que la plaie arrive à suppuration, ce qui laisserait quelque espoir. Mareschal pense que le mal chemine de l'intérieur vers l'extérieur, il était dans l'os depuis longtemps déjà, c'est pourquoi amputer ne servirait qu'à me torturer inutilement. Pendant qu'il me soignait, je lui ai demandé combien de temps il me donnait.
Jusqu'au 28 août.
Deux jours. Il me reste deux jours.
Dieu a fait le monde en sept jours.
Je puis à tout le moins faire en deux jours une mort digne de moi.

1er chapitre de Nous, Louis, roi

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