La Souveraine en son domaine

Jean-Paul Malaval

1919. Chez les Montagnac, la guerre n'a pas pris de vies mais elle a fauché des espoirs. Marcelin, le fils aîné, est rentré mutilé dans son corps – il ne pourra jamais féconder la belle Reine, sa femme. Celle-ci, tapie dans sa toile, insensible à l'aversion de ses beaux-parents, observe le clan se déliter. Bastien, le second fils, nourrit d'ambitieux projets pour Combeval dont il veut mettre les terres en vignes. Il se heurte à son père, le vieil acariâtre Charles, maître du domaine diminué par l'âge, qui le hait et refuse que le monde ancien cède la place aux temps nouveaux. Bastien épouse Alexandrine. La jeune femme le soutient, ainsi que sa sœur Eugénie et Reine. Mais, en secret, l'épouse de Marcelin entend régner seule à Combeval après que, à force d'échecs, le cadet des Montagnac aura quitté les lieux. La nouvelle qu'elle se prépare à annoncer à sa belle-famille va avoir l'effet de la foudre... Lire la suite

448 pages | Couverture brochée en couleurs | Format: 153x235

EXTRAIT
« Bastien quitta la table le premier, alors que le père commençait à somnoler. Il s'avança sur la terrasse. Peu à peu, les luisances du soleil, rouges et roses, commençaient à s'estomper sur l'horizon. Derrière lui, il entendit des pas feutrés, des pas de chatte, pensa-t-il sans se retourner. Au contraire, il ferma les yeux, intrigué par la devinette. Non, ce n'était pas Eugénie qui venait ainsi vers lui. Son pas eût été plus rapide, précipité. Le jeune homme savait déjà qu'il s'agissait de sa belle-sœur, et cela l'intriguait assez qu'elle vînt vers lui, alors que durant les trois dernières semaines Mme Reine l'avait copieusement boudé.
-Toi ? s'exclama-t-il. Quelle mouche t'a piquée ?
-Que faire de notre détestation réciproque ? Elle est une aubaine pour le maître. Il voit la brèche, il sait comment s'y engouffrer. Moi, il me préserve de ses coups. J'ai fini par comprendre qu'il préférerait que je devienne la souveraine ici.
Bastien se retourna à peine, ricanant à son aise.
-Tu l'as épousé pour ça, mon frère ?
-Oui, reconnut-elle.
-Et qu'il soit estropié à vie arrange tes affaires. La guerre, elle t'aura été bien profitable. Cette blessure inattendue... Je me souviens que tu lui refusais la porte de ta chambre. Après le mariage, promettais-tu. Tu as obtenu le mariage, tous ses avantages et aucun inconvénient. »

Chapeau

Citation presse

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