Un coeur solitaire dans une maison trop grande

Jean-Paul Malaval

Dans les montagnes d'Aydat, isolées du reste du monde, presque hors du temps, Jeanne Sulli habite une grande villa au bord d'un lac. Lors de longues promenades, elle aime s'enivrer de la lumière du paysage, de ses couleurs changeantes, des bourrasques de vent qui surgissent inopinément. Elle ressasse son passé, marqué par des disparitions douloureuses. Un passé qui parfois se fait flou : Jeanne perd la mémoire... Souvent, et sans parvenir à cacher son agacement, elle écoute Paula, sa sœur, qui lui raconte ses problèmes de couple. Théodore, son beau-frère, est le patron d'une prospère agence immobilière – agence qu'il a pu monter grâce à la coquette somme d'argent que Paula lui a donnée. Mais les apparences sont trompeuses : la réussite de Théodore est précaire et repose sur de sombres intrigues : harcèlement, trahisons, détournement de fonds, captation d'héritage... Le château de cartes vacille lorsque l'un de ses proches collaborateurs se donne la mort. Jeanne est excédée de voir sa petite sœur constamment flouée par Théodore. Et si sa mémoire lui joue des tours, elle n'en est pas moins déterminée à agir et à piéger son beau-frère... Lire la suite

336 pages | Couverture brochée en couleurs | Format: 153x235

EXTRAIT
Depuis que ma mémoire me joue des tours, je note scrupuleusement ce que je dois faire. Et plutôt deux fois qu'une, puisqu'il m'arrive d'oublier que je l'ai déjà fait. Pour ce jour, le programme est simple : cueillir du chèvrefeuille, du jasmin, des branches de cornouiller, peut-être du houx... Puis sur le plan Visorando – moultes fois imprimé et chaque fois égaré, comme le reste – je trace d'un trait épais au feutre bleu le trajet, et celui-ci passe par le chemin du bois de Chadelas. Je note encore : s'arrêter sur la grosse pierre et se reposer. Penser à respirer fort : inspirer, expirer plusieurs fois en prenant le temps d'emplir et de vider les poumons. (...) Je vais sur ma terrasse, face au lac, et m'avance sur le ponton. A grandes enjambées. A l'aveugle. J'en suis toujours revenue vivante, de ce voyage en solitaire. Pourtant, parfois, il me semble que le quai vacille sur ses bases, mû par la force pernicieuse d'une houle montée des profondeurs, des abysses incertains, où les puissances telluriques s'empoignent en leur berceau terrestre.

Extrait

Depuis que ma mémoire me joue des tours, je note scrupuleusement ce que je dois faire. Et plutôt deux fois qu'une, puisqu'il m'arrive d'oublier que je l'ai déjà fait. Pour ce jour, le programme est simple : cueillir du chèvrefeuille, du jasmin, des branches de cornouiller, peut-être du houx... Puis sur le plan Visorando – moultes fois imprimé et chaque fois égaré, comme le reste – je trace d'un trait épais au feutre bleu le trajet, et celui-ci passe par le chemin du bois de Chadelas. Je note encore : s'arrêter sur la grosse pierre et se reposer. Penser à respirer fort : inspirer, expirer plusieurs fois en prenant le temps d'emplir et de vider les poumons. (...) Je vais sur ma terrasse, face au lac, et m'avance sur le ponton. A grandes enjambées. A l'aveugle. J'en suis toujours revenue vivante, de ce voyage en solitaire. Pourtant, parfois, il me semble que le quai vacille sur ses bases, mû par la force pernicieuse d'une houle montée des profondeurs, des abysses incertains, où les puissances telluriques s'empoignent en leur berceau terrestre.

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